L'épopée du Mayflower, mythe fondateur des Etats-Unis d'Amérique (Thanksgiving I)

 

L'épopée du Mayflower, mythe fondateur des États-Unis d'Amérique

 

 

Aux États-Unis d’Amérique, le dernier trimestre de l’année est riche de festivités : Halloween, Thanksgiving Day et bien entendu les réveillons de Noël (Christmas Eve) et de la Saint-Sylvestre (New Year’s Eve).

 

Célébrée le quatrième jeudi de novembre, la fête de Thanksgiving ou « Action de Grâce » est probablement la date calendaire la plus symbolique des États-Unis d’Amérique, au même titre que le 4 juillet qui marque le jour de l’indépendance du pays, en 1776. La raison se trouve peut-être dans son origine : Thanksgiving s’inscrit intimement dans le mythe fondateur des États-Unis, lorsqu’en 1620 une petite communauté d’hommes et de femmes débarque du navire Mayflower pour établir en Nouvelle-Angleterre la première colonie américaine.

Le premier Thanksgiving à Plymouth (Jennie Augusta Brownscombe, 1914)
Le premier Thanksgiving à Plymouth (Jennie Augusta Brownscombe, 1914)

De nos jours, la tradition de Thanksgiving consiste à se retrouver en famille pour partager un repas. C’est l’occasion de remercier Dieu ou la providence par des prières et des réjouissances pour les bonnes choses qui se sont déroulées durant l’année. La dinde est l’élément vedette de la plupart des tables américaines. Souvent rôtie et farcie, elle est généralement accompagnée de purée de pomme de terre, mais aussi de patates douces, de maïs, de courges, de haricots verts et d’une tarte au potiron pour le dessert. Tous ces aliments sont originaires du continent américain. La dinde y est endémique : les conquistadors espagnols la ramènent du Mexique – que l’on croyait être les Indes, au XVIème siècle. Désignée en Europe sous l’appellation de « poule d’Inde », l’usage a créé le nom « dinde ». La confondant avec la pintade (Guinea fowl, « poule de Guinée ») importée de Turquie, les Anglo-Saxons la nomment turkey (ou Turkey hen, « poule de Turquie »). Ce repas traditionnel s’inspire de celui du Premier Thanksgiving organisé en 1621 par les colons du Mayflower pour fêter leur première récolte et leur installation réussie dans le Nouveau Monde. Une année auparavant, ils quittaient une Europe secouée par des conflits religieux.

En effet, la Réforme protestante initiée au XVIème siècle provoque un schisme avec l’Église catholique. Certains rois en profitent pour s’affranchir de la tutelle pontificale, tel Henri VIII d’Angleterre qui fonde en 1534 l’Église protestante anglicane. Cependant, la nouvelle église ne parvient pas à se détacher complètement du pouvoir de la papauté, au grand dam des congrégations protestantes puritaines. Celles-ci veulent purifier l’Église anglicane de l’influence catholique afin de revenir à un culte dépouillé, plus proche des origines. En vain. Car le nouveau roi Jacques 1er d’Angleterre multiplie les persécutions à l’égard des puritains qui n’observent pas une stricte obédience au dogme anglican. Certains d’entre eux décident alors de faire sécession avec l’Église d’Angleterre : c’est le cas des membres de la congrégation du village de Scrooby qui quittent le pays pour s’établir en Hollande.

 

Des années plus tard, les puritains séparatistes – appelés les « Pères pèlerins » (Pilgrims fathers) – obtiennent une autorisation du gouvernement anglais pour s’installer définitivement sur le continent américain, en Virginie. Au mois de septembre 1620 à Plymouth, une centaine de personnes embarque à bord du navire Mayflower. Parmi elles, 35 Pères pèlerins et des hommes recrutés pour leurs savoir-faire (forgerons, charpentiers, etc.), adhérant aux principes puritains et décidés à prendre un nouveau départ.

La signature de la Convention du Mayflower (Edward Percy Moran)
La signature de la Convention du Mayflower (Edward Percy Moran)

Après deux mois de traversée, l’expédition est menacée par une tempête le long des côtes de la Nouvelle-Angleterre. Le capitaine doit se résoudre à jeter l’ancre au cap Cod, à 200 kilomètres au nord de la destination prévue. Ce changement rend caduque la licence qui autorisait l’installation initiale en Virginie. Aussi, un conflit éclate entre les passagers du navire car certains d’entre eux déclarent ne plus vouloir se plier au commandement existant une fois à terre. Sans plus aucun cadre légal à leur installation, qui plus est dans une région inconnue et hostile, les passagers décident dans leur majorité de convenir d’un gouvernement. Un document officiel est rédigé et signé par 41 passagers, le 21 novembre 1620 : c’est la « Convention du Mayflower » (« Mayflower Compact »). Ce texte engage les colons à concevoir et à respecter toutes les lois justes et équitables qui seront nécessaires à la régie et à la survie de la colonie. Parce qu’elle pose les bases d’une démocratie locale, la Convention du Mayflower est considérée comme l’un des textes fondateurs de la démocratie américaine, prélude à la Constitution américaine.

Galvanisés par leur arrivée sur le nouveau continent, les membres de la communauté fondent la colonie de New Plymouth (actuellement Provincetown, dans le Massachussetts). Mais l’hiver est rude et les réserves s’épuisent, la moitié des colons meurt de froid, de faim et de maladie. Les survivants ne doivent leur salut qu'à l'intervention de la tribu amérindienne des Wampanoags qui leur offre de la nourriture et leur apprend à chasser, pêcher et cultiver le maïs. Durant l’automne 1621, pour fêter le succès et l’abondance de la première récolte, le gouverneur de la petite colonie William Bradford décrète trois jours « d’action de grâce ». Quelques hommes partent chasser des dindes sauvages pour garnir le repas et les Wampanoags sont conviés à festoyer avec l’ensemble de la communauté. Ce moment de fête et de partage est couramment appelé par les Américains le « Premier Thanksgiving » (« The First Thanksgiving »).

 

Les sources de cette histoire sont peu nombreuses et certains documents, tel le Mayflower Compact, ont été perdus. Mais toute histoire qui fonde un pays ou une nation emprunte aux mythes et aux légendes. L’épopée du Mayflower rappelle le récit biblique de l’Exode, événement fondateur du judaïsme, lorsque les Hébreux fuient l’Égypte pour conquérir la terre promise de Canaan. Le mythe fondateur des États-Unis d’Amérique associe légende et réalité historique pour répondre aux aspirations du peuple américain : ainsi le Premier Thanksgiving symbolise l’union et la réussite de la nation américaine. Et c’est pourquoi Thanksgiving est une date importante dans la conscience collective américaine.

Commentaires: 4
  • #4

    EBO (samedi, 07 mars 2020 03:42)

    Article très intéressant Vincent et très bien écrit.
    Je sors des "Colonnes de Feu" (Ken Follett), et c'est un bon "spin-off" :-)

  • #3

    chan 33 (samedi, 29 février 2020 12:02)

    Super Vince, très intéressant. Moi non plus je ne connaissais pas les détails de cette expédition.
    Il est temps que je m'instruise un peu plus sur l'histoire des Etats Unis, afin d'être digne de ma future belle-fille !!!

  • #2

    Pierre (mercredi, 26 février 2020 15:32)

    Merci Vincent, j'ai appris une histoire très intéressante que je ne connaissais pas. Par ailleurs très bien racontée, avec le sens du détail et de la narration qu'on te connaît.
    Hâte de lire les prochaines.
    Amitiés

  • #1

    Christian (mardi, 25 février 2020)

    Merci Vincent, c'est vraiment une très belle histoire que cette épopée (sauf pour les dindes , les grandes victimes du Thanksgiving depuis le 17ème siècle).
    Bravo aussi aux indiens natifs de l'époque pour leur ouverture et leur empathie.
    Un petit film à ce propos qui est intéressant
    https://www.survivalinternational.fr/videos/laisseznousfaire
    Amitiés