Pendant quelques mois, Sylvain Tesson vit en ermite dans une cabane située sur les rives du lac Baïkal, en Sibérie. Pour vivre et survivre dans son ermitage, il apporte avec lui six caddies de pâtes et dix-huit bouteilles de tabasco, un grand nombre de livres et des litres de vodka. Ses voisins les plus proches sont à quelques dizaines de kilomètres, le lac est sous la glace les premiers mois, la température descend parfois à 30°C au-dessous de zéro.

 

Tesson raconte son quotidien épuré de toute activité superflue : préparer le thé et la nourriture, contempler le paysage derrière la fenêtre, couper du bois pour alimenter le poêle, explorer les environs, aller saluer ses « lointains » voisins ; au printemps avec la fonte des neiges et des glaces, il pêche et se nourrit de ses prises, s'embarque sur son canoë et vogue sur les eaux du lac. Et bien entendu, il vide ses bouteilles de vodka...

 

L'auteur ajoute à la description de son quotidien des réflexions sur l'environnement dans lequel il vit et sur les êtres humains qui y habitent, il philosophe sur l'Homme, la Nature et l'érémitisme. La prose de Tesson s'accorde bien avec ses contemplations et parfois avec ses réflexions qu'alimentent ses nombreuses lectures.

 

Malheureusement, l'auteur ne parvient pas à dépasser ses propres failles, ramenant souvent sa névrose éthylique et sa misanthropie dans les propos qu'il écrit. Avec un ton parfois moralisateur, Tesson ne cache pas son mépris pour la société dans laquelle il est né, et plus généralement pour l'être humain. Avec des paradoxes : ainsi lorsqu'il dit qu'aimer ce qui nous ressemble, « aimer un Papou, un enfant ou son voisin, rien que de très facile » : propos étonnants dans un livre qui exsude tant de mésestime pour l'espèce humaine…

 

En lisant « Dans les Forêts de Sibérie », j'ai pensé au peintre Jackson Pollock penché au-dessus d'une grande toile blanche, peignant en laissant couler la peinture de son pinceau. Ce grand décor immaculé de Sibérie entaché de réflexions misanthropes, ça y ressemble…

 

Et c'est bien dommage car l'auteur réussit brillamment à nous transporter dans les immensités lointaines de cette nature grandiose et quasi-édénique. Nature célébrée, nature humaine méprisée…

 

 

 Extraits

 

« La vie dans les bois permet de régler sa dette. Nous respirons, mangeons des fruits, cueillons des fleurs, nous baignons dans l’eau de la rivière et puis un jour, nous mourons sans payer l’addition à la planète. L’existence est une grivèlerie. L’idéal serait de traverser la vie tel le troll scandinave qui court la lande sans laisser de traces sur les bruyères. Il faudrait ériger le conseil de Baden-Powell en principe : « Lorsqu’on quitte un lieu de bivouac, prendre soin de laisser deux choses. Premièrement : rien. Deuxièmement : ses remerciements. » L’essentiel ? Ne pas peser trop à la surface du globe. Enfermé dans son cube de rondins, l’ermite ne souille pas la Terre. »

 

« La cabane, royaume de simplification. Sous le couvert des pins, la vie se réduit à des gestes vitaux. Le temps arraché aux corvées quotidiennes est occupé au repos, à la contemplation et aux menues jouissances. L’éventail de choses à accomplir est réduit. Lire, tirer de l’eau, couper le bois, écrire et verser le thé deviennent des liturgies. En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse. »

 

« Dans la société de la pénurie, aucune alternative n’existe. On est condamné au manque, conditionné par lui. La volonté n’y fait rien. Il y a cette fameuse blague soviétique du type dans la boucherie : « Vous avez du pain ? » Réponse : « Ah non, ici c’est l’endroit où l’on n’a pas de viande, pour l’endroit où l’on n’a pas de pain, c’est la boulangerie, à côté. »

 

« L’ermitage resserre les ambitions aux proportions du possible. En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience. La lecture, l’écriture, la pêche, l’ascension des versants, le patin, la flânerie dans les bois... l’existence se réduit à une quinzaine d’activités. »

 

« Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu’un à qui l’expliquer. »


Commentaires: 4
  • #4

    Virginie (mercredi, 20 mai 2020)

    il faut lire ceci aussi http://www.gallimard.fr/.../Verticales/Croire-aux-fauves

  • #3

    Jean-Luc (mercredi, 20 mai 2020 08:45)

    Je n'ai pas aimé du tout la panthère des neiges, j'ai préféré les sentiers noirs.

  • #2

    Agnès (mercredi, 20 mai 2020 08:44)

    Je suis d'accord avec ta critique du livre de Tesson. Parfois, on se demande si, au fond, il croit lui même ce qu'il écrit

  • #1

    Monique (mardi, 25 février 2020 20:15)

    J'ai beaucoup aimé, suis en train de lire la panthère des neiges. Magnifique, très poétique, belle expérience pour cet aventurier tellement attentif à la nature.